Julien Parme
"Julien Parme" de Florian Zeller
Julien Parme, c'est l'histoire d'un garçon de 14 ans qui rêve de devenir un grand écrivain.Son père est mort et il n'apprécie guère le nouveau copain de sa mère, un noble (François de Courtois), que Julien surnomme "la Particule".
Le jour où il apprend que sa mère veut se remarier, Julien se sent trahi; d'autant qu'il la surprend parler de lui comme d'un fardeau. Décidé à vivre sa propre vie et à ne pas se laisser envoyer en pension, Julien quitte la nuit même l'appartement familial. Commence alors l'errance dans Paris... Après une rencontre du destin avec sa prof de français dans une pizzeria des Champs Elisées, Julien se rend à l'anniversaire de la soeur de Mathilde, la fille dont il est amoureux pour la revoir avant le grand départ vers sa nouvelle vie.
Ce livre est vraiment très drôle; je l'ai lu d'une traite. L'humour vient du langage du héros qui se prend pour ce qu'il n'est pas: à savoir un adulte et un écrivain. Julien se considère comme quelqu'un d'important; il s'imagine signer de nombreux autographes, demeurer à jamais pour la postérité et répondre sans relache à un tas d'interview. Il part souvent dans ses rêves de gloire...Mais le comique vient surtout du decalage entre cette assurance et les fautes de français ou de référence qu'il fait. Julien se trompe sans s'en rendre compte dans le nom des auteurs ou des titres d'oeuvres qu'il cite. Il parle comme tous les ados avec des "merde" et des "putain" pour ponctuer ses phrases. Mais Florian Zeller fait d'un personnage qui pourrait être banal, un héros attachant et drôle. Le roman est bien mené, avec un rythme rapide au début, un ralentissement au coeur de la nuit (pendant les heures où Paris est mort, puisque mêmes les métros ne circulent plus), et une accélaration à la fin. Le récit forme une boucle.
On retiendra surtout les expressions peu communes que Florian Zeller met dans la bouche de Julien Parme, un nom qui sonne bien, magnifiquement trouvé: il s'agit du mélange de Julien Sorel, héros du "Rouge et le Noir" de Stendhal et de "La Chartreuse de Parme" du même auteur.
Extraits:
"Je m'appelle Julien. Avec mon nom de famille , ça donne Julien Parme. Le style. Julien Parme, vous n'avez jamais entendu parler? Le gran écrivain? Non? Vraiment? Parce que j'ai oublié de vous dire que je voulais devenir un grand écrivain. Bon. Par exemple, si je m'étais appelé Dié, je crois que j'aurais dû changer de prénom. Pour mes livres. J'aurais pris Julien à la place. Pour faire: Julien Parme. Donc tout va bien. Vu que c'est comme ça que je m'appelle."
"En représailles, j'avais affiché dans ma chambre un poster que j'avais acheté à un type dans le métro; on voyait un homme sur une croix, avec sa couronne d'épines et écrit en dessous: "Il ne fumait pas, il ne buvait pas, il ne buvait pas: il est mort à trente-trois ans.""
"Elle m'avait dit "oui", avec un petit sourire. Et moi j'avais failli mourir d'un crise cardiaque du coeur."
"J'étais plus un gosse quand même. J'allais bientôt avoir quinze ans. Dans un an."
"Je me suis approché d'elle avec l'intention de lui essorer la nuque."
"En marchant, j'ai réalisé que j'avais jamais réalisé que le La Fontaine de la rue La Fontaine, c'était e nfait le La Fontaine des Fables de La Fontaine. Et ouais... Celui qui a écrit La Cigale et le corbeau, par exmple. La nuit, certaines choses vous sautent aux yeux. Alors j'ai commencé à rêver: un jour, il y aurait peut-être une rue Julien-Parme. Ou plutôt une avenue. Parce que j'aime bien les arbres. Les gens s'y baladeraient avec mélancolie. Déjà un siècle que cet auteur est mort, et il nous manque toujours autant. Parce que j'ai oublié de vous préciser que j'écris pour la postérité. Et ouais. Sur l'immeuble de François, il y auait peut-être une plaque en marbre et tout, avec écrit dessus: "Ici, Julien Parme a vécu." Quelques jeunes filles pleureraient devant. La Particule, par contre, personne n'en parlerait. Si vous vouliez lire une petite plaquette sur lui, il faudrait aller au cimetière."
"Une femme a répondu. J'ai demandé avec une voix à la Jacques Chirac si c'était bien Madame Morvin.
-Qui est à l'appareil?
"Le Président de la République", j'ai failli répondre, mort de rire."
"(...) ça m'a fait marrer, il y avait un distributeur de capotes, avec un type qui s'était apparemment fait avaler sa pièce. Furieux et tout, il tapait sur cette machine qui le tenait par la queue. (...) à une table au fond, j'a ireconnu Mme Thomas, ma prof de français. (...) Au même moment, le type des toilettes s'est approché de notre table. Celui du distributeur à capotes. (...) Mme Thomas a fait les présentations. C'était son mec."
"J'ai un peu fermé les yeux pour imaginer la mer. (...) Avec les mouettes et tout. Parce qu'à l'époque, mon père m'y enmennait tous les étés. (...) J'ai des images, bien sûr, mais elles sont un peu floues maintenant. Comme tout ce qui a rapport àmon père. Ce que j'aimerais bien, parfois, c'est retrouver la mémoire précise de tout ce que j'ai vécu. Même à mon âge, ça fait déjà pas mal de trucs. Je suis sûr que ça me suffirait preque à être heureux. Je ferais comme les grand-mères qui passent la moitié de leur journée dans leurs souvenirs. Ce que j'ai compris, avec Mme Morzvitch, c'est que la plupart du temps, elles sont heureuses les grand-mères. De l'autre côté de leurs paupières, elles ont des images que personne peut voir. Comme des trésors. Elles voyagent là-bas, dans leur mémoire, isolées du monde. Elles ressuscitent des gens qui sont morts depuis des tonnes de lustres. Elles vivent avec eux, en fait. Et de moin point de vue, pour vivre avec les morts, on n'a pas besoin d'être une grand-mère."
"Ce que j'ai entendu dire, c'est que les clochards, quand ils ont un chien, tout ce qu'ils gagnent comme argent grâce à la manche, c'est pour leur chien qu'ils le dépensent. Je vous jure. En fait, la plupart du temps, les clochards se sont les types les moins égoïstes que vous pouvez imaginer. Des généreux, même. "
"Les trucs qu'on a pas envie de voir, on les voit pas. Ca aussi, c'est ma théorie. C'est pour ça que la plupart des types, dans le métro, je sais pas si vous avez remarqué, mais on a l'impression que ce sont des aveugles. (...) Ils pourraient passer devant un cadavre sans même y prêter attention. (...) Moi, ça me scandalise."





























































